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Carnet de route Bosna i Hercegovina & Репоублика Српска 27.2.6 – 10.3.6 27.2 Enfin le départ. Un sac à dos de 20 litres, l'appareil en bandoulière et quelques trucs dans les poches. Comme à leur habitude, les CFF sont cher, puis en retard. Les 10% des statistiques. Nous avons loupés Jean que nous devions voir à l'aéroport. Il faisait son check-in tandis que nous apprenions qu'il nous fallait changer de train à cause des 10%, il passait la douane lorsque nous descendions du train. 1 heure ¾ pour 70 km, bravo ! Jean s'est donc envolé vers Montréal et nous sommes partis pour Milan. Mon couteau suisse, quant à lui, est resté pour quelques jours en villégiature à Genève, au bureau "Passengers Security". L'aéroport de Milan est un chef-d'śuvre post-mussolinien très éloigné de tout (presque aussi proche de la Suisse que de Milan) et dont la démesure contraste singulièrement avec son manque de distraction : deux cafés Autogrill, la chaîne des autoroutes, un kiosque et deux boutiques dans un énorme hall. Adieu pasta et cafés, place aux lyophilisés. Nous reprenons l'avion pour finalement arriver à destination.
"Welcome to Sarajevo". Il neige, il fait froid. Nous sortons de l'aéroport pour fumer une cigarette, puis apprenons notre premier mot de bosniaque : izlaz. Un gros garde moustachu nous indique la porte d'à côté sur lequel figure le mot ulaz. Nous en déduisons qu'il s'agit de sortie et d'entrée. Nous prenons possession de la voiture de location : une Seat Cordoba automatique. Pour avoir celle que nous avons louée, il faudra attendre demain. Nous quittons l'aéroport, faisons un tour dans Dobrinja, sorte de cité dortoir, située sur la ligne de front lors du siège de Sarajevo (durée 1400 jours). Des murs sont criblés de balles et d'impacts d'obus, des maisons sont éventrées, mais les gens semblent vivre comme dans n'importe quelle cité dortoir. Le long de la route menant à Sarajevo, de nombreux vestiges de la guerre sont encore présent. Usines abandonnées, hôtels dévastés, tours en béton dévoilant leur carcasse… et toujours ces impacts de balles et ces trous d'obus. Nous parquons la voiture près de la bibliothèque nationale, faisons quelques pas, puis remarquons un hôtel dans une petite ruelle. 60 € la nuit, et comme il n'y a plus de chambre libre, on nous propose une suite pour le même prix, petit déjeuner inclus. Nous sommes au cśur de Baščarišija, le plus vieux quartier de Sarajevo. Nous déambulons dans ce vieux quartier ottoman, visitons Gazi Husrev Begov Bezistan, vieux marché couvert où Pascale est apostrophée par une folle ; marchons jusqu'à Maršala Tita, l'artère principale de la ville, puis revenons sur nos pas. Nous buvons un café au Karabit, dont les tables sont composées de plaques d'égouts. Dans le Karabit, se trouve également la librairie Buybook qui propose quantité de livres d'art, des CD, des guides et des cartes. En bosniaque bien sûr, mais, ce qui est plus rare ici, également en Anglais. Nous y trouvons la carte de Bosnie et celle de Sarajevo commandées sur internet mais que nous n'avons pas encore reçues. Nous mangeons ensuite au Jež. Un excellent carpaccio en entrée, de la viande, une bouteille de Gangaš, un excellent vin bosniaque. Le tout pour une bouchée de pain. Hormis deux personnes parlant anglais, nous étions seuls dans le restaurant situé dans une cave et décoré d'une myriade de pendules, d'horloges et de quelques armes anciennes. Encore quelques pas en ville où nous découvrons au milieu de Zelenih Beretki l'hôtel Europa. La plus grande partie est en ruine, la façade XIXe est criblée d'impacts de balles et des marques du feu, la façade titiste est tout aussi dévastée, mais un nouveau bâtiment a été reconstruit juste à côté. Un dernier verre au Cuba Libre nous emmène au cśur de La Havanne, puis nous regagnons nos pénates. 28.2 Nous cherchons d'abord le Tunel, petit kafan, café typique des Balkans, où nous avons rendez-vous l'après-midi avec Sébastien de Green Vision – une agence qui organise des treks à travers la Bosnie. En parlant ensuite avec la réceptionniste de l'hôtel, nous apprenons que Sebij, la place aux pigeons que nous cherchons depuis une heure sur le plan est directement attenante à l'hôtel. Nous partons ensuite à la découverte de Sarajevo. Traversons Baščarišija, suivons Smaja od Bosne jusqu'à Novo Sarajevo. De part et d'autre de l'avenue, de nombreuses tours, vides de toute vie, n'affichent qu'une carcasse de béton, d'autres font étalage de l'opulence occidentale ou encore renvoient à l'ère soviétique. L'université n'est qu'un amas de ruines où quelques brèches ont été colmatées afin d'offrir refuge aux étudiants, ou laissées en l'état, abritant en son sein le QG des troupes italiennes. Nous entrons dans une petite Burekdžinia où nous mangeons un Burek, mélange épicé de viande hachée roulée dans une pâte. Excellent ! Nous poursuivons ensuite notre route. Les bords de l'avenue me rappellent ce que j'ai vu en Pologne : chaque carrefour est occupé par son petit kiosque et de nombreux marchands ambulants proposent chaussettes, lacets ou gants. Nous faisons quelques pas dans un marché. Si le dédale de stands évoque les marchés orientaux, les odeurs, la gentillesse et l'honnêteté des vendeurs sont tout autres. Nous achetons deux paires de gants pour 6 Konvertibilna Marka (6 km = 3 €). Enfin, nous pénétrons dans Novo Sarajevo, immense quartier érigé par Tito. L'immeuble du quartier des Biondes à Renens avec quinze étages de plus et en vingt fois plus vaste. Quand ce n'est pas des impacts d'obus ou des tirs de mortiers, chaque façade arbore son lot de graffiti et de marques de balles. Jusque dans les arrières cours, rien n'a été épargné. Pourtant, la vie poursuit son court, l'endroit apparaît singulièrement calme et serein, loin de l'ambiance de certaines banlieues françaises des abords de Paris ou du nord de Marseille. Nous embarquons ensuite dans le tram afin de regagner le cśur de la capitale. Le tramway date de Mathusalem, la rouille laisse entrevoir la route, les portes vibrent et manquent de s'ouvrir à chaque soubresaut de l'engin, la carcasse vibre toute entière à chaque cahot. Cela semble tenir du miracle, mais nous parvenons à bon port. Nous buvons un café turc avec Sébastien qui tient un discours beaucoup moins alarmiste que ce que nous avons entendu jusqu'alors. Nous parlons photographie, randonnée, vie à Sarajevo, régions de Bosnie incontournables. Il nous indique quelques bonnes adresses et nous fournit quelques contacts à Banja Luka et Mostar. Si nous en avons le temps, nous pousserons jusqu'à Tjentište où Tito a bâti un hôtel pour accueillir les grands pontes du régime et où désormais les grenouilles profitent de la piscine. Nous nous rendons ensuite à la Vinoteka ou nous sommes reçus impeccablement dans un anglais parfait. Le lieu est radicalement différent de celui de la veille, à tel point que je me demande si nous n'y sommes pas ridicules avec nos pantalons militaires. Au retour, première photo en Bosnie : l'hôtel Europa sans pied. De retour à l'hôtel, le gardien nous apprend des rudiments de bosniaque : dobro jutro (bonjour le matin), dobar dan (bonjour l'après-midi), dobro veče (bonsoir), doviđenja (au revoir), lako noć (bonne nuit), molim vas (s'il vous plaît), hvala (merci) et vidimose (au plaisir). Pas de nouvelles de la voiture. 1.3 Nous quittons notre suite pour le Mine Action Center que les guides et Sébastien situent quelque part dans l'université de Marindvor. Après avoir gambergé dans la boue entre ces bâtiments en ruine, nous remarquons deux containers de l'ONU et nous y dirigeons. Un jeune garde bosniaque, nous apprends que le MAC n'est plus ici, mais à Ilidža. Nous passons à l'aéroport pour voir ce qu'il en est avec la voiture, on nous promet que la boîte manuelle sera disponible le lendemain. Nous visitons encore Dobrinja, puis enfin Ilidža où quantité d'usines délabrées côtoient le dernier chic en matière de supermarchés. Pour l'anecdote, durant le siège de Sarajevo, un tunnel avait été creusé depuis une maison du village afin d'alimenter la ville en eau potable et en vivres. Nous arrivons au MAC, un garde appel une femme au téléphone qui nous dit être présente sur les lieux mais n'a pas le droit de nous recevoir en raison de la fête nationale. Tant pis pour le MAC, nous nous mettons en route pour Tuzla. Abstraction faite des nombreuses voitures roulant à 40 km/h, de l'absence de liquide pour nettoyer la boue lancée sur le pare-brise par chaque camion que nous croisons et la neige tombant sans cesse, le voyage se passe sans encombre. Après une petite halte à Krivajevići, nous sommes dépassés par un convoi de militaires américains, puis arrivons en vue d'une énorme centrale nucléaire : arrivée à Tuzla. Usines, tours en béton, usines… Tito a concentré ici tout ce qui fait une cité de la Russie soviétique. Après avoir traversé plusieurs fois la ville de long en large, nous remarquons un minaret entre deux buildings. Par acquis de conscience, nous allons voir et, miracle, deux ou trois ruelles à visage humain. Les bulldozers ont dû oublier un morceau. Tuzla est une cité ouvrière où les gens sont mineurs ou chômeurs. Elle tire l'essentiel de ses revenus de mines de sels, ce qui pose quelques problèmes. La ville reposant sur un gruyère, certains pâtés de maisons doivent parfois être évacués avant qu'ils ne s'effondrent. Il y a deux hôtels ici : le Tuzla et le Bristol. Le premier est un bloc de béton de vingt étages, le second de dix. Nous optons pour le Bristol. Une "jolie" chambre de 6 m2 aux meubles turquoise avec une ravissante chaise mauve assortie à la porte. Un vrai petit palace. Au moins, nous ne nous y attarderons pas. Nous arpentons ensuite la ville et, vu qu'il n'y a aucun restaurant, jetons notre dévolu sur une Ćevabžinica. Le Ćevapčići est un plat – paraît-il très prisé par les touristes – composé de petites saucisses avec de l'oignon et du pain. C'est une expérience, mais force est d'admettre que les touristes et moi n'avons pas les mêmes goûts. Désormais nous poursuivrons notre périple avec une forte odeur de graillon. En rentrant à l'hôtel, nous discutons avec le patron. Il a notre âge, roule avec une Trans-Am à plaques californiennes qu'il laisse fenêtre ouverte et moteur allumé devant l'hôtel. Il nous dit qu'il passe environ six mois par an au Canada pour affaires. Il loue aussi des Cadillac des années 80 de 25 mètres de long. Mal rasé, cheveux longs, une grosse chaîne en or autour du cou… Bizarre. 2.3 Nous déjeunons à l'hôtel dans une immense salle décrépie dont le chemin d'accès nous fait traverser divers salons et salles. Tout date des années 60. Je ne pensais pas qu'un jour je verrai cela de mes propres yeux, sauf peut-être dans un vieux film d'espionnage. Nous quittons, à grand regrets, notre petit palace et retournons ensuite dans les ruelles oubliées des bulldozers. Peut-être que l'impression de désolation laissée de prime abord par nos déambulations de la veille était-elle infondée, à moins que cela soit dû à la fête nationale, quoi qu'il en soit, la vieille ville présente un tout autre visage. Du monde dans les rues, des échoppes, de nombreux cafés. Nous rendons visite à Pascal Fourneaux, directeur du Centre Culturel Français. Malgré son rendez-vous dans dix minutes, nous discutons durant plus d'une heure. Il semble assez sensible à mes images, mais ne pense pas que cela soit judicieux pour Tuzla. Il a déjà essayé de montrer "La cité des enfants perdus", sans grand succès. "Les gens de Tuzla veulent rire". Il nous laisse ensuite avec son assistante, une bosniaque qui a habité durant quelques années à Lausanne. Elle nous indique quelques endroits pour prendre des photos, mais selon elle, nous ferions mieux de nous rendre entre Bosanski Brod et Banja Luka. En effet, l'armée Bosniaque étant basée à Tuzla, le seul incident survenu durant la guerre, fut l'explosion de deux grenades serbes lors de la fête des jeunes (anniversaire de Tito) lorsqu'ils étaient tous dans la rue. Bilan : 70 morts, serbes, croates et musulmans. Tous des jeunes. Elle nous fait part de quelques remarques intéressantes. Selon elle, "les jeunes devraient se prendre en main, étudier, apprendre à faire quelque chose", cela éviterait sans doute qu'ils ne commettent les mêmes erreurs que leurs parents. Les photographes et la presse en particulier, devraient montrer d'autres facettes de la Bosnie que la misère et des tziganes. "Ce n'est pas ça, la Bosnie". "C'est vivant, les gens bougent". Nous nous rendons à l'hôtel Tuzla afin de prendre possession de notre nouvelle voiture. Après une heure d'attente, nous l'obtenons enfin. Une Skoda, diesel certes, mais à boîte manuelle. Assez perdu de temps, en route. Nous suivons longuement un vieux car aux émanations pestilentielles puis nous arrêtons à Kalesia. Nous mangeons un Burek, puis parcourons le village pour prendre quelques photos. Deux immeubles détruits trônent au centre du village. Les habitants nous dévisagent et Pascale profite de deux chevaux attelés à un char pour se lancer. Nous quittons ensuite le dernier village bosniaque pour pénétrer en Репоублика Српска (Republika Srpska), la République Serbe de Bosnie. La ligne de front est un large no man's land de boue et de végétation carbonisée large d'une vingtaine de mètres, mais qui a dû se déplacer plusieurs fois. Quelques ruines jalonnent le parcours de Цапарде (Caparde) à Зворник (Zvornik). Un camp de concentration, d'autres ruines… Nous remontons la Drina jusqu'à Каракаj (Karakaj) où des gens construisent des maisons dans un terrain vague entre des usines et une voie de chemin de fer. Le temps toujours exécrable, nous décidons d'abandonner la région et d'aller en direction de Slavonski Brod, Tuzla, Lukavac, Gračanica, Добог (Doboj, une autre succursale soviétique), Дервента, (Derventa, une ville dévastée par la guerre), contrôle de police (nous roulions à 60 au lieu de 80, le policier nous a dit : "Slow, slow" en agitant sa main), Српски Брод (Sprski Brod). Nous passons sans problème la frontière croate et arrivons à Slavonski Brod. Fait remarquable, le brouillard s'est dissipé et il ne neige plus. Le sol est désormais recouvert d'une épaisse couche de glace, transformant le centre ville en une patinoire géante. Nous parquons la voiture et patinons jusqu'au centre. Quelqu'un nous indique l'hôtel Ferat (sans enseigne, c'est difficile à trouver). Nous y mangeons et passons la nuit dans une chambre presque aussi grande que notre salon, sur les rives de la Sava. Presque un hôtel européen (sauf le prix peut-être). 3.3. Après un bref tour de la ville, nous quittons Slavonski Brod. Si quelques impacts de balles sont visibles sur les murs de la ville, la Croatie semble, malgré ses prix très bas, plus riche que la Bosnie. A la douane, nous avons toutes les peines du monde à obtenir un tampon d'entrée en Bosnie et obtenons finalement un très vague rectangle bleu… on verra à l'aéroport.
Nous nous arrêtons à Српски Брод (Sprski Brod) où nous trouvons une tour dont le rez-de-chaussée a pratiquement disparu. Un type nous explique qu'un matin, "ils sont venus avec un char et… boum !" De 13h à 17h, nous parcourons environ 10 km. Tous les villages, toutes les maisons de chaque côté de la route sont détruits. Сиjeковац (Sijekovak) ou encore Новo Ceло (Novo Selo) sont comme Oradour. Quelques personnes vivent encore – ou de nouveau – ici et ont retapé une pièce ou un étage pour vivre. Certains ont reconstruit une maison à côté de la ruine, qui sert désormais de remise de jardin. De nombreux chiens errent dans les rues. Au fond d'un village, une vieille femme regarde son chien qui nous tourne longtemps autour. Plus loin, nous croisons plusieurs messieurs qui répondent à notre dobar dan approximatif. Est-ce les habitants ou l'EUFOR qui ont ôté les banderoles à tête de mort portant la mention "Warning Mines" ? Mystère. Quoi qu'il en soit, je m'aventure sur certains chemins où l'on voit des traces fraîches laissées par des voitures ou par les quelques rares habitants. Nous poursuivons jusqu'à Дервента qui présente à peu près le même visage que les villages rencontrés sur la route. Il n'y a pas d'hôtel à Derventa, seul le motel Dvor trône le long de la nationale. Nous allons manger en ville, à la pizzeria Napoli. Un serbe nous montre le chemin en voiture, nous traduit la carte et commande pour nous. Une pizza meilleure qu'en Italie. Il refuse le verre que nous lui proposons. Nous allons ensuite en ville pour prendre quelques photos. Tandis que je photographie ce qui devait être un cinéma, un policier serbe s'approche, rigole, me parle en Serbe. Il ne parle ni allemand, ni anglais, ni français… seulement le serbe ou le russe. Je lui montre l'appareil, il rigole, semble parler de cinéma ou de journaliste. À un moment, il me met la main sur l'épaule, puis finalement me dit OK en levant son pouce et part en souriant. Cinq minutes plus tard, lorsque je veux partir, il revient vers moi, montre mon appareil et me dit d'attendre, toujours en rigolant. Arrivent ensuite deux voitures marquées Полициja (Policija), mais d'une couleur différente de celle que l'on rencontre tous les deux kilomètres. Ils parlent entre eux, me regardent, l'un d'entre eux me demande mon passeport qui se trouve dans le seul motel de la ville. Ils regardent dubitatifs ma carte d'identité, notent mon nom dans un petit calepin, continuent à me parler en serbe. Voulaient-ils me soutirer de l'argent ? Au bout de 30 minutes, ils me rendent mes papiers et me disent OK. Pendant ce temps, les fous qui parcourent la ville à fond la caisse, manquant d'écraser les piétons, cassant parfois leurs phares dans les virages continuent de tourner. 4.3 Le matin, nous parcourons Derventa pour prendre des clichés en essayant d'éviter les pandores postés à chaque carrefour. Les regards réprobateurs des quidams présents dans les rues achèvent de nous mettre mal à l'aise. En fin de matinée, idée de génie : à midi, c'est l'heure de la prière. Il suffit de repérer les lieux, et de repasser, vite, durant la prière. Bingo, à midi cinq, la place centrale est déserte, à l'exception d'un chat et de deux gosses. Je peux donc prendre mes photos. Nous nous empressons ensuite de quitter cette ville à l'atmosphère oppressante. Les dernières images seront prises depuis la voiture. Nous remontons jusqu'à Novo Selo, puis traversons plusieurs villages fantômes. Збoриcтe (Zboriste), Yнкa (Unka), Грк (Grk). Nous nous enfonçons au fond d'un vallon et parvenons dans un village où le temps semble s'être arrêté en 1900 et qui semble avoir été miraculeusement préservé de la guerre. A l'autre bout du village, contrairement à ce qui est indiqué sur la carte, seule une route en terre s'engouffre dans les bois. C'est après avoir longuement essayé de sortir la voiture enlisée dans la boue et avoir remarqué que la nuit allait tomber que nous avons décidé d'aller chercher de l'aide. Munis de notre "Serbe de poche" Pascale et moi – couvert de boue de la tête au pied – sortons du bois. Nous marchons longuement, traversons Жeрaвaц (Žeravac), un autre village fantôme, où nous apercevons finalement des pylônes de l'US AID suivant un autre chemin de terre, ainsi qu'une vague lueur au loin. S'ils ont mis des fils, c'est qu'il doit y avoir des gens au bout. En fait de lueurs, ce ne sont que des bougies sur les tombes d'un cimetière. Un peu plus loin, nous rencontrons trois enfants qui jouent au ballon. Leur sśur parle un peu l'anglais. Nous leur expliquons que nous avons besoin d'aide, ils nous répondent que, n'ayant ni voiture, ni tracteur, nous devrions plutôt nous adresser chez leurs voisins, un kilomètre plus loin. Nous les avons croisés en Golf, impossible de communiquer. Nous revenons sur nos pas, avançons dans le jardin. Une femme surgit sur le perron. Je fais des gestes et quelques onomatopées afin d'expliquer que la voiture est embourbée en qu'en la poussant, nous pourrions repartir. Et nous voilà, cinq minutes plus tard, marchant à travers champs, dans une zone minée, accompagné de trois garçons et deux filles. J'espère que si nous marchons là, ils l'ont déjà fait auparavant. Nous longeons le cimetière démesuré par rapport à la configuration des lieux. C'est à ce moment que la femme de la ferme a surgit derrière nous pour nous aider aussi. Moi devant avec les trois garçons, Pascale derrière avec la mère et les filles. Quelques instants plus tard, nous reprenons la route. Nous traversons Полjе (Polje), puis filons vers Банja Лука (Banja Luka), la capitale de la République Serbe. Là, après tout ce que nous avons vu de la Bosnie, les camps, les villages détruits, les stigmates de la purification ethnique, les tranchées, la pauvreté, la misère, l'état de Sarajevo, nous sommes frappés par cette ville qui ressemble à n'importe quelle ville occidentale. De larges avenues éclairées, des boutiques de luxe, de nombreuses échoppes occidentales, aucunes marques de la guerre. Devant le parlement, une alignée d'Audi A8, dernier modèle, gardées par un agent. Les jeunes gens sont habillés différemment que dans le reste du pays… On se croirait à Zürich. Dans l'hôtel, une discothèque. Mais ce n'est pas cela qui nous empêchera de dormir. 5.3 Nous quittons Banja Luka et nous rendons à Косарац (Kozarac), un village reconstruit par des Suisses. Beaucoup de monde se tenant sur le parvis de l'église, nous passons plusieurs fois devant, puis délaissant la voiture, nous y rendons à pied. Nous nous apercevons qu'il s'agit d'un enterrement. Le cortège s'en va, nous laissant tout loisir de parcourir des rues désertes. A Приэдор (Prijedor), nous mangeons un Бурек, le pire que nous ayons mangé, dans une petite cahute en bois, un enfant faisant presque pitié me fixant droit dans les yeux.
Dehors, des rafales d'un vent glacial et d'une violence extrême nous poussent à poursuivre la route. Nous traversons Стaри Маjдан (Stari Majdan), un petit village perdu dans les montagnes. La mosquée est détruite. De nombreuses ruines à proximités, et toujours ces croix sur les maisons détruites. De nombreux impacts marquent la route – sans doute s'agit-il de mines et d'obus – qui par endroit disparaît et laisse place à la boue. Un peu plus loin, le bitume disparaît complètement. Lorsque nous parvenons au sommet du col, marqué par un petit abri de béton criblé de balles, la nature laisse place à un amoncellement d'ordures à perte de vue. De l'autre côté du col, la boue est remplacée par ce qu'il convient d'appeler une autoroute. En mauvais état, certes, mais une route très large et à deux chaussées séparées. Ici, en pleine montagne, au milieu de rien.
Un peu plus loin, une gigantesque usine abandonnée, mais d'où les ouvriers seraient partis précipitamment, puis une autre. Le temps est exécrable et la pluie ne nous permet pas de prendre beaucoup d'images. Le vent fait grincer les lourdes machines mécaniques et nous ne savons pas avec certitude si nous sommes seuls. Un peu plus loin, une autre usine encore, une voie de chemin de fer, une gare… de la lumière. L'endroit est donc habité. Quelques mètres plus loin se trouve Дoнja Лjyбиja (Donja Ljubija). Une véritable ville cachée au cśur de la montagne. Elle ne figure généralement pas sur les cartes, par plus que la route qui y mène, ni la voie de chemin de fer. Comme les usines ne marchent plus, on se demande ce que peuvent bien faire les habitants de ce lieu sordide et éloigné de tout. Jadis, ce lieu a dû être prospère, une façade décrépie indique 1920, l'âge d'or de la révolution industrielle. Quelques images à Хyмбарине (Hambarine), puis nous partons pour Mostar en empruntant une petite route de montagne sinueuse pourtant mentionnée comme une nationale. Des trous et des rochers jalonnent le parcours. A certains endroits, les éboulements ne laissent la place que pour une voiture. La route est recouverte de neige. Les seuls endroits où l'état de la route permettrait de rouler, la vitesse est limitée à 30 et parfois 20 km/h. Sans quitter la voiture à cause de la neige, nous admirons Jajцe (Jajce), une cité médiévale enchâssée dans la montagne. Pas loin de six heures sont nécessaire pour parcourir 250 km. Nous arrivons à Mostar à minuit, trouvons un hôtel et mangeons un "hamburger" au Maca Donald's. Nettement meilleur qu'un hamburger américain. 6.3 L'hôtel "le plus cher de Bosnie" n'est, de loin, pas le meilleur hôtel que nous ayons vu durant notre séjour, aussi nous le quittons sans regrets pour atterrir dans une charmante maison de pierre située près de ce que l'on nous présente comme étant une maquette du pont enjambant la Neretva et où nous sommes reçus en espagnol. Quelques pas dans la ville, mais la présence policière nous convainc de partir pour Dubrovnik en Croatie. Encore une fois, de nombreuses ruines se trouvent le long de la route, encore un camp de concentration, des villages entiers dévastés par les obus. Nous nous arrêtons à Stolac, dernier village bosniaque avant la ligne de front. Avant la guerre, Stolac devait être un village magnifique. Des maisons de pierres bâties le long des rives da la Bregava enjambée par quelques vieux ponts. La place du village ne montre désormais que désolation. Ça et là, un tas de gravats, quelques sols carrelés indiquent qu'il y avait des magasins ou encore des maisons. Le fond du village arbore le même visage qu'Oradour. Nous mangeons dans un restaurant où nous rencontrons quatre soldats de l'EUFOR, des français basés à Mostar et venant d'arriver pour une mission de quatre mois. Ils semblent très étonnés de nous trouver là. L'un deux s'intéresse à la photographie qu'il pratique au moyen format. "Pour l'instant, je ne suis pas bon et regarde ce que font les autres". Peut-être nous verrons-nous à Perpignan. Ils nous indiquent une adresse pour bien manger à Mostar et nous expliquent que la gestion de la ville a été simplifiée. Il y avait trois mairies, trois services de postes, … (serbe, bosniaque et croate), il n'y en a plus que deux (bosniaque et croates). Cela fait bien trois heures que nous parcourons Stolac de long en large et prenons des photos lorsque plusieurs policiers sortent de leur poste. Deux agents nous suivent. Nous entrons dans un café et patientons. Ils discutent avec des gens puis se mettent en faction devant l'établissement où nous sommes. Nous profitons de l'arrêt d'un camion devant la vitrine pour rejoindre notre voiture en catimini. Le soir, nous mangeons à l'adresse indiquée, puis parcourons Mostar et faisons quelques photos le long du Bulevar, la ligne de front qui traverse la ville, la coupant en deux. Les chrétiens d'un côté, les musulmans de l'autre.
7.3 Nous poursuivons la visite de la ville dévastée. Hormis le centre ville, où plutôt le centre historique situé à proximité du "vieux" pont, une maison sur deux porte les stigmates de la guerre ou reste en l'état de ruine. De longer le Bulevar, l'avenue centrale, dans toute sa longueur laisse vraiment une impression bizarre. Sans l'éclairage public donnant un aspect "féerique" à l'ensemble grâce à une dominante orangée et sous la lumière du jour, le côté sordide transparaît beaucoup plus. Pour la première fois depuis notre arrivée en Bosnie, nous ne semblons pas déranger les gens outre mesure, certains attendant même que nous ayons terminé. Contrairement aux habitants, nous pouvons à loisir franchir la ligne de front. Nous en profitons donc pour aller manger un Burek dans une Burekdžinia musulmane. Les meilleurs que nous ayons mangés. Le café est servi à la turque, le pot en cuivre, un verre d'eau, du sucre et un verre pour le café. Le vieux pont, qui a été inauguré l'année dernière, a été reconstruit "à l'identique", mais l'aspect des pierres n'a pas subit l'outrage du temps, et le sol n'a pas été poli par les pas des passants. Cela confère un aspect un peu carton-pâte à l'ensemble.
N'ayant plus de films, nous visitons quantité de magasins de photo. J'ignore de quoi vivent les photographes en Bosnie, mais il n'y a jamais que deux ou trois Kodak Gold qui semblent oubliés sur de trop vastes étagères. Dans une échoppe, je trouve un T400CN BW à la limite de la date de péremption, dans une autre, j'en déniche trois… de quoi tenir jusqu'à Sarajevo. Nous prenons la route pour nous rendre à Гoрaждe (Goražde) et passerons par Пaиe (Pale), ville qui a été bombardée durant plusieurs jours par l'OTAN, entraînant le dépôt des armes des belligérants. Goražde est une ville qui présente la particularité d'avoir été le théâtre de violents combats en 14-18, puis en 39-45 entre les Partisans et les Nazis, et enfin en 92-95 entre les Serbes et les Bosniaques. Beaucoup plus rapide que la route que nous avons suivie pour descendre puisque nous pouvons rouler durant quelques kilomètres à 80 km/h, nous mettons quand même trois heures pour arriver à Sarajevo. Nous entamons ensuite la montée du col à l'est de la ville qui doit nous mener de 537 à 1059 mètres d'altitude. Il fait -7° C, la route est recouverte d'une épaisse couche de glace, elle-même recouverte de neige. Après quelques minutes de montées, nous décidons de rebrousser chemin et trouvons une chambre pour les trois nuits restantes. Repas au Jež. 8.3 Pour une fois, réveil relativement tardif. Nous quittons l'hôtel pour nous rendre à l'ambassade Suisse afin de voir s'il y a quelque chose à faire pour le tampon illisible dans mon passeport. Il semble qu'il n'y ait pas à s'inquiéter, malgré les informations contradictoires que nous possédons. "Si le douanier veut emmerder un étranger, il le fera. Avec ou sans tampon". Nous discutons un long moment, parlons des motifs de notre visite, la femme semble nous prendre pour des aventuriers, inconscients d'avoir quitté la capitale seuls, en voiture, et sans être accompagné par un guide. Par ailleurs, nous aurions peut-être dû aller demander à l'ambassade de Bosnie à Berne l'autorisation de faire de photos… "Monsieur l'Ambassadeur, puis-je SVP me rendre en Bosnie photographier les vestiges de la guerre pour montrer au monde les exactions commises ?" Je ne pense pas que ce soit de cette manière que l'on réalise les meilleures images. Nous retournons ensuite à Novo Sarajevo, mais après un périple de 1'500 km à travers la Bosnie, les impacts d'obus n'ont plus le même effet. Nous traversons le Miljacka et découvrons trois tours éventrées. La première en reconstructions, les autres habitées par les pigeons.
La nuit tombe, le froid se fait glacial. Nous partons manger à la Vinoteka. Au retour, arrêt dans un cybercafé où nous découvrons les images de Zoran Filipović : "1992-2002 Sarajevo". Des informations fragmentaires difficiles à obtenir, mais des images excellentes. Au terme d'un long palabre, je parviens à obtenir son nom (Pascale est efficace sur Google.ba). 9.3 Nous poursuivons notre quête de pellicules. Le magasin qui nous a laissé entendre la veille qu'il en aurait, n'en a toujours pas. Finalement, dans le quinzième magasin, nous tombons sur un vieux photographe qui propose papiers, chimie… et des films. D'accord, il s'agit d'Efke fabriqués en Slovénie, mais ils existent en deux sensibilités : 100 ou 400 ISO. Pour la modique somme de 10 francs, j'en prends cinq. Nous continuons ensuite à découvrir Sarajevo : Vratnik, qui évoque un village de montagne, Kovači, aux vieilles maisons construites en terre, Bistrik, où nous mangeons notre Burek le plus cher, Skenderrija, puis enfin Marindvor, vieux quartier déchu aux maisons ravagées et aux murs criblés d'impacts. Nous visitons ensuite un Super Merkator, chaîne de grands-magasins cherchant à s'implanter en Bosnie. Le parking – à moitié vide – est plus grand que l'espace marchand. Un bureau de poste pourvu d'une table et d'une chaise, la banque voisine qui y ressemble mais s'est pourvue d'un ordinateur, des enseignes occidentales écoulant leurs invendus des vingt dernières années. Le peu de personnes que nous rencontrons poussent des chariots à moitié vides, achetant un yaourt ou deux litres de laits. Il semblerait qu'ici, la grand-messe consumériste n'ait pas encore conditionné les gens. Un peu plus tard, nous rejoignons le centre en embarquant dans le même tram jaune que lors de notre arrivée. Le vieux convoi bringuebalant nous dépose près de la Bibliothèque nationale photographiée tantôt. Sur la façade de l'édifice en ruine, une plaque est apposée et porte, en anglais et en bosniaque, cette inscription qui se passe de commentaires : ON THIS PLACE SERBIAN CRIMINALS IN THE NIGHT OF 25th -26 th AUGUST 1992 SET ONFIRE NATIONAL AND UNIVERSITY'S LIBRARY OF BOSNIA AND HERZEGOVINA OVER 2 MILLIONS OF BOOKS, PERIODICALS AND DOCUMENTS VANISHED IN THE FLAME DO NOT FORGET, REMEMBER AND WARN ! Nous entrons dans un magasin de disque afin de demander si "No man's land" est sous-titré en français. Le vendeur, dans un anglais parfait, nous explique qu'ici, les films ne sont sous-titrés que dans les langues locales. Nous achetons finalement un CD de Sinan Alimanović Quintet "Sarajevo Remake", du jazz bosniaque. Au Karabit, nous achetons encore trois CD sans les écouter, mais les explications se sont montrées convaincantes. Mostar Sevdah Reunion (musique traditionnelle contemporaine), Adi Lukovac "Remake" (musique electro-traditionnelle), Olivier Samouillan and Project Zlust "How I Killed a Saint" (musique croate). Nous recevons également un enregistrement radiophonique d'émissions tenues durant le siège de la ville "Dok je svijet spavao: Međunarodna zajednica i rat u BiH 1992-1995". En buvant un café, je remarque un ouvrage décrépis sur le rebord de la fenêtre "My War Gone By, I Miss It So" d'Anthony Loyd, un ancien soldat devenu journaliste qui a vécu en Bosnie durant le conflit. De la lecture pour l'avion. Pour manger, on nous conseille de nous rendre au Pod Lipom, près de la place aux pigeons. Au fond d'une petite ruelle, nous trouvons finalement ce petit restaurant bosniaque qui semble être le stam des notables locaux. Le service est impeccable et les raviolis bosniaques excellents. Tout est léger… Une bande de mafieux fachos et alcoolisés nous offrent un verre au Cuba Libre. Au retour, tandis que je sors mon boîtier pour prendre la seule photo touristique du voyage, une voiture de la Policija arrive, l'agent m'interpelle en croate, je lui tends mon passeport. Il cherche longuement le tampon d'entrée en Bosnie à Bosanski Brod, montre mon passeport à son collègue, puis me le tend en disant "good time and good photography". 10.3 Dernier réveil à Sarajevo. Comme durant tout le séjour, le temps est exécrable. Nous allons boire un dernier café au Karabit, puis traversons Baščarišija pour nous rendre chez Foto Hadžić acheter le livret "Sarajevo 92-96". Une série d'images de la guerre en noir et blanc. Dans la rue, nous passons près d'un vieil homme qui se tient chaque jour couché sous un porche, des chaussettes en laine à la main. On se demande s'il dort. Enfin, il fait quelque chose, lui. Il ne mendie pas. Nous revenons sur nos pas et usons de nos rudiments de croates. Nous repartons avec une belle paire de chaussette en laine rouge et grise, et l'image du sourire de cet homme lorsque nous lui avons parlé. Un dernier Burek, puis nous reprenons la voiture. Tant bien que mal, nous essayons d'enlever les traces de boue sur les tapis de l'engin, souvenirs de notre balade en forêt. Remettons la chaîne à neige restante dans la boîte (l'autre est toujours dans les bois). Nous faisons le plein et nous dirigeons vers Dobrinja où je réalise quelques images des impressionnants immeubles meurtris par la guerre. Un ancien bloc entier est laissé en l'état. Du béton multicolore perforé par les balles. Quelques images du quartier résidentiel du lieu sous une pluie battante. Ma dernière bobine à Sarajevo. Nous rendons ensuite la voiture. Pas moins d'une heure avant l'embarquement, les haut-parleurs nous enjoignent de passer le contrôle des passeports. Le douanier prend mon passeport, pianote sur le clavier de son ordinateur, me dévisage longuement. Va-t-il pinailler pour le tampon manquant ? Non, il saisit son tampon.
Je sors de Bosnie. Pascale me suit sans problèmes. Un duty free à l'assortiment vide. Un dernier café. Nous embarquons pour Milan. 11.3 À Milan, nous avons eu quelques difficultés à passer avec les pieds des appareils. Un garde un peu procédurier disant que ceux-ci étaient trop grands pour monter dans l'avion, tandis que ses collègues disaient qu'il n'y avait aucun problème (nous étions pourtant déjà montés trois fois dans le même appareil). A Genève, j'ai pu récupérer mon couteau suisse qui a passé un excellent séjour. Nous avons écoutés les CD qui s'avèrent être un choix très judicieux. Les 12 jours que nous avons passés en Bosnie ont été beaucoup trop courts. Ce fut une expérience très dense et très enrichissante. Toutes les personnes que nous avons rencontrées se sont montrées d'une gentillesse extrême. La richesse et la diversité engendrées par ce mélange de culture est quelque chose d'extraordinaire. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à flâner dans les rues de Sarajevo où nous avons l'impression d'être projeté d'un monde à l'autre en l'espace de quelques minutes. Il est bien évident que tous le pays porte encore les stigmates de la guerre, mais à aucun moment nous n'avons eu l'impression d'être dans un coupe-gorge, ce qui n'est pas le cas dans bien des endroits en Europe. L'attitude des gens et la beauté des sites ont tôt fait de le faire oublier. Entre Pascale et moi, nous avons pris près de 1'500 clichés, dont nous avons hâte de voir le résultat. Si le temps nous a manqué pour voir tout ce que nous avions prévu et rencontrer toutes les personnes que nous aurions souhaitées, nous tenons à remercier tous ceux qui ont contribués, d'une manière ou d'une autre, à la réussite de cette entreprise. Nous avons d'ores et déjà prévu de retourner à Sarajevo, mais y viendrons cette fois en voiture. Nous pensons apporter des vêtements, des jouets, ou d'autres choses afin de les distribuer sur place. Affaire à suivre, donc…
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